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Chris Connor (1927-2009) fût une des grandes chanteuses jazz de la belle époque du genre. Elle se fait connaitre d'abord par le fait d'être une des dernières vocalistes de renom à collaborer avec le légendaire bandleader Stan Kenton (suivant ainsi dans les traces d'Anita O'Day et de June Christy). Elle devient par la suite une participante de taille dans le mouvement fébrile qu'est le jazz dans les années 50, se présentant en vedette sur scène, d'abord aux États-Unis et ensuite à travers le monde. Une douzaine de disques produits pour le label Atlantic Records deviennent tour à tour de très bons vendeurs. Chris Connor est connue surtout pour la constance de sa tonalité et l'aspect réfléchi de ses interprétations; un de ses producteurs de disques appose aves justesse sur son style l'étiquette warm cool. Dans un milieu et une époque peuplés de géantes telles que Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, Connor est néanmoins considérée une des chanteuses jazz les plus raffinées de tous les temps, célébrée autant pour sa musicalité que pour ses talents d'interprétation. En 1965, l'association entre Chris Connor et Atlantic Records tire à sa fin, et ses projets réalisés avec les labels Bethlehem et Roulette sont chose du passé. Se souvient Lori Muscarelle, sa gérante et partenaire de vie, « Elle a commencé à travailler avec un agent nommé Ken Dixon, qui était le gérant de Bobby Goldsboro. Ken l'a présenté au réalisateur Kenny Greengrass. » Ce dernier, connu surtout pour ses collaborations avec Steve Lawrence et Eydie Gorme, détient alors son propre contrat de production avec ABC-Paramount. Il produit deux albums avec Chris Connor - Chris Connor Sings Gentle Bossa Nova (1965), arrangé et dirigé par Pat Williams, et Chris Connor Now (1966), arrangé et dirigé par Don Sebeskey. Patrick Williams (connu alors sous le nom de Pat) est déjà un directeur musicale de renom à Hollywood et sur la scène musicale populaire, et le sera en encore plus plus tard grâce et ses collaborations acclamées avec Frank Sinatra sur la série de disques Duets. Tandis que la vingtaine de disques enregistrés jusque-là par Chris Connor dans les douze années précédentes (depuis son départ de l'orchestre de Stan Kenton) s'étaient classés strictement dans le jazz pur, Kenny Greengrass prend la décision d'amener la chanteuse sur le terrain de la musique pop. « Kenny a dit, ''ll n'y a pas de marché pour le jazz, tournons-nous vers quelque chose de contemporain', » rappelle Lori. « Et Chris a dit oui, et ils ont réalisé ces deux albums, qui sont magnifiques - Pat Williams a accompli un travail particulièrement exceptionnel. »Lori se souvient que la seule déception fût que, une fois les disques sortis par ABC, le label « est tombé dans l'indécision ou je ne sais pas quoi, les disques ont été enterrés quelque part. » Avec l'avalanche de musique populaire sortant sur le marché dans la deuxième moitié de cette décennie, les deux disques 'contemporain' de Chris Connor tombent dans l'oubli, même s'ils contiennent des interprétations d'une variété énorme de matériel d'actualité, le tout sur un fond d'arrangements truffés de cordes chatoyantes et de rythmes brésiliens subtils.Chris Connor est une des premières chanteuses jazz à s'ouvrir à la musique de Lennon et McCartney, et devient une des seules à effectuer des relectures de chansons tirés du premier film des Beatles, A Hard Day's Night. Chris Connor Sings Gentle Bossa Nova contient également d'autres chansons de l'époque de la British Invasion, notamment Feeling Good et Who Can I Turn To (When Nobody Needs Me)? d'Anthony Newley et Leslie Bricusse, deux pièces tirés de la comédie musicale britannique The Roar of the Greasepaint - The Smell of the Crowd, qui fait son apparition sur Broadway en 1965. De plus, Chris Connor inclut la belle balade Stranger on the Shore de Acker Bilk, une chanson qui avait contribué à l'envolée de la British Invasion.En 1965, les palmarès sont peuplés plus en plus fortement de chansons-thème de film, qui surpassent même en nombre les chansons tirées de Broadway. Chris Connor Sings Gentle Bossa Nova contient pas moins de trois chansons extraites de productions cinéma Hollywood : Hush, Hush, Sweet Charlotte, composée par Frank de Vol et Mack David pour le film de 1964 mettant en vedette Bette Davis (et qui deviendra au fil du temps une chanson phare de Patti Page); Dear Heart, de Henry Mancini, avec des textes de Jay Livingston et Ray Evans; et The Shadow of Your Smile (du film The Sandpiper), de Johnny Mandel et Paul Francis Webster. Les trois chansons avaient été mises en nomination pour des Academy Awards, The Shadow of Your Smile ayant même emporté un prix. La chanson la moins connue dans la collection, une composition d'Elmer Bernstein, est également tirée d'un film - Baby, The Rain Must Fall. A Taste of Honey fût pour sa part conçue pour une comédie musicale, quoiqu'en 1965 la pièce soit plus connue en version instrumentale interprétée par Herb Alpert and the Tijuana Brass.Inclut également sur le projet sont deux chansons pop déjà à cette époque des incontournables dans les juke-boxes du pays : Downtown, une autre pièce originaire de la Grande Bretagne et un succès mondial pour Petula Clark, et Can't Get Over the Bossa Nova, un tube énorme pour Eydie Gorme, une collaboratrice elle aussi de Kenny Greengrass.Suite à ses deux albums enregistrés pour ABC-Paramount, Chris Connor se concentre à nouveau sur les standards de jazz, et continuera à enregistrer jusqu'en 2003. Chris Connor Sings Gentle Bossa Nova est un aperçu d'un moment unique dans une carrière qui s'était déjà avérée tout à fait unique.